jeudi 9 juin 2016

Topo : Fiches de personnages

Après le lexique sur les notions importantes propre à l'univers d'Ozma, que dirais-tu de faire connaissance avec les trois protagonistes de ce premier tome ? On est parti !

(Arts conceptuels par Mato )

Ice Enadijd

"Les héros n'existent pas. Il n'y a de héros que de circonstances."

Âge : 15 ans
Sexe : Homme
Élément de naissance : Glace
Traits : Réservé, altruiste, sarcastique, courageux
Aime : L'escrime, la neutralité, voyager & découvrir, taper la pose après une victoire
Déteste : Sol, les notions de bien et de mal, les maths, les betteraves
Surnom : Blanchet

Ice est le protagoniste principal de la saga. Il est né à Nifelhm, la capitale des Terres de Glace, là où il aurait du grandir. Malheureusement, la ville a essuyé une rafle sanglante nommée les "neiges pourpres" alors qu'il n'avait que cinq ans. Ice a ensuite vécu reclus dans un petit village du pays, jusqu'à ce que son grand frère l'inscrive à l'EFDO d'Occide pour ses 11 ans. La relation que tient Ice avec son aîné est inconnue, mais le garçon semble avoir voué ses cinq années de scolarité à s'entraîner sans répits pour ne pas perdre la face devant son frère. Cette motivation l'a poussé à devenir l'un des meilleurs élèves que son établissement ait compté parmi ses rangs, bien que cela ait sérieusement affecté son épanouissement social. Il aspire à devenir Défenseur d'Ozma, dans le but d'empêcher des tragédies comme les neiges pourpres de se reproduire.
Au combat, Ice se montre comme un véritable prodige dans la maîtrise des armes blanches, au point d'avoir surpasser très tôt ses professeurs. Il montre aussi d'incroyables dispositions dans l'art de la psy-énergie, et ses facultés au mana ne demeurent pas en reste. En revanche, son cerveau se fait la malle quand il s'agit de manier les chiffres ou une interface informatique.


Vann Versatile

"La vérité est un concept traître et superflu. La science elle, est authentique."

Âge : 15 ans
Sexe : Homme
Élément de naissance : Vent
Traits : 300 de QI, pragmatique, irascible, franc, à tendance misanthrope
Aime : Les sciences, la technologie, les machines, l'informatique
Déteste : L'oisiveté, la religion, l’irrationnel, Xam
Surnom : Pitchoun

Vann est le second protagoniste de l'histoire. Véritable génie touche-à-tout, ce garçon de petite taille n'a d'yeux que pour la recherche et le savoir intellectuel, surtout quand cela a trait à la Science avec un S majuscule. Il faut dire que le milieu dans lequel il a été élevé, l'EFDO d'Orian, est un environnement propice à l'étude. C'est un garçon désagréable et solitaire, mais irréfutablement brillant dans tout ce qu'il entreprend. Séduit par le profil consciencieux et talentueux d'Ice, il décide de se joindre à lui après avoir appris qu'ils partagent tous les deux le même itinéraire pour leur examen.
Au combat, Vann est quelqu'un qui privilégie l'esquive et les assauts agiles en puisant dans son mana. Sans surprises, il se révèle être un tacticien de talent. Ce qui s'avère inattendu en revanche, réside dans son arsenal : une imposante épée-double (ou lame-hirondelle dans le jargon ozméen) qu'il fait virevolter sans le moindre effort apparent.


Xam

"J'ai faim."

Âge : 15 ans
Sexe : quand tu veux !
Élément de naissance : Feu
Traits : M'as-tu-vu, volage, dévergondé, amical, bon vivant, ignare
Aime : manger, boire, draguer "les louloutes", chambrer les autres, se battre
Déteste : travailler, les codes de conduite, la soumission
Surnom : Connard

Irresponsable vaniteux au sens de l'humour douteux, Xam est l'exemple même du profil aussi exécrable que séduisant. Et séduire, il s'en est fait un devoir. Beau garçon, il se targue d'être irrésistible et courir les filles (ou "louloutes" comme ils les appelle) est sans conteste son passe-temps favori, après se remplir et se rincer la dalle avec l'argent des autres. Intolérant sans limites ou irrécupérable taquin, personne ne sait, la vraie question est de savoir comment cet ostrogoth inculte a réussi à surmonter le programme draconien de l'Égide. À moins que cela ne soit lié à ses réserves de mana pharaoniques, qui lui procurent une force et une endurance démesurée. Monsieur s'est d'ailleurs mis en tête de devenir le combattant le plus puissant qu'Ozma est connu, ce qui serait la raison de son inscription à l'EFDO de Septentrio. Au grand dam de Vann, Xam s'attache au groupe jusqu'à s'imposer parmi eux. C'est sous son influence qu'Ice se découvrira un désir de se sociabiliser. Du côté de Vann, on trouvera plutôt des envies de meurtre.
Durant la baston, Xam se bat habituellement à mains nues. Dans le cas où l'adversaire résiste, il fait jaillir quatre longues griffes de chacun de ses deux gantelets. Il abuse de son mana pour essuyer les coups de l'ennemi sans broncher, et ainsi riposter violemment.
Par contre, inutile de lui demander de faire voler un caillou, la psy-énergie il n'en connait que le nom.


Voilà voilà ! Il ne s'agit malheureusement que de plates descriptions, j'espère néanmoins qu'elles sauront faire naître en vous un intérêt pour mes personnages, avant qu'ils ne parviennent à vous séduire le long de mes prochains extraits.

Et oui je ne l'ai pas précisé, mais je compte faire paraître quelques illustrations style manga dans le roman. J'aimerai en dégoter une dizaine, il faudra voir si j'arrive à trouver des profils qui me plaisent, et si mon modeste budget me le permet.
J'ai aussi quelques autres croquis mettant en valeur Ice et Diggs par le même artiste Mato, mais je les garde pour une autre fois ! Malheureusement, je n'ai pas encore trouvé d'illustrateur pour me dessiner le facétieux fanfaron.

Topo : Lexique d'Ozma

Quoi de mieux pour s'immerger dans mon univers qu'un petit lexique sur ses notions les plus importantes ? Pardon ? Des extraits ? Certes ! Mais encore faudra t-il cerné leur contexte, je tâte donc le terrain en te proposant ce petit et premier topo.

EDIT MAJEUR :
Le monde que je nomme Ozma était autrefois appelé "Gaïa" dans mes anciens écrits. Ne vous étonnez donc pas de retrouver ce nom à la place d'Ozma dans certains de mes vieux articles, ainsi que les termes EFDG, DG ou ADG, dont le G a disparut au profit d'un O.



Ozma :
C'est le monde/planète où se déroule l'histoire (sans dec'). Elle est ronde et bleue, couverte en majorité par des océans et est vieille de plusieurs milliards d'année. Bref les parallèles à notre chère planète ne manquent pas. L'idée était de créer un monde qui serait le reflet du notre, à travers lequel je pourrais renvoyer l'image de notre propre société au lecteur.
Elle abrite de nombreuses espèces, allant de créatures issus des éléments naturels comme les golems de glace, à des rapaces gigantesques hybride entre la poule et le reptile. La race humaine reste néanmoins dominante et semble la seule à être civilisée, mais significativement moins dense à l'échelle de la Terre.

Sol et Luna :
Il s'agit de deux immenses sphères d'énergie dorée et argentée qui gravitent autour d'Ozma dans une symétrie fragile. Leur nature est incertaine, mais d'après les études menés par les astrologues ozméens, ils seraient composés à 100 % de mana. Selon les légendes, ce sont ces deux astres qui ont donné vie à la planète désertique qu'était autrefois Ozma. L'humanité les a depuis toujours considérés comme des dieux. Ils font office de Soleil et de Lune, réchauffent, refroidissent et éclairent la planète. Leur influence sur l'écosystème d'Ozma est pour ainsi dire extrêmement complexe.
50 ans avant le début de l'histoire, un homme et une femme possédant des pouvoirs hallucinant sont apparus sur Ozma en prétendant être les messies des dieux. Empruntant le nom des deux astres, ils se sont mené une guerre terrible et mondiale avant de disparaître mystérieusement sans laisser de trace.

Le mana :
Énergie éthérée inhérente à toute chose. Elle est présente dans la nature, dans les éléments, dans la matière et dans chaque être vivant. Longtemps considéré comme une énergie magique, elle est aujourd'hui étudiée comme un fluide vital aux propriétés infiniment exploitables, sur lesquelles se basent notamment la M-Technologie (ou Manatechnologie). Si le mana d'un hôte, qu'il soit organique ou inorganique, s'avérerait à disparaître, alors ledit hôte subirait le même sort en s'évaporant purement et simplement. Mais ce stade est quasiment inatteignable dû à l'incroyable capacité du mana à s'auto-régénérer.

Les Églises Lunarienne et Solarienne :
Dites aussi vieilles que l'humanité, elles ont été fondées dans la dilection des deux astres alors considérés comme des dieux. Chacune se porte une haine viscérale envers l'autre, dont l'origine est malheureusement inconnu. Les accusations et diffamations pullulent entre leurs fidèles, percevant leur astre rival comme la personnification du mal. Chacune des religions possède ses rites et traditions, toutes aussi distinctes que fondamentalement similaires... Elles s'étendent aux quatre coins du globe mais leurs influences comme leurs pratiques varient selon les différent pays où elles sont implantées.

Les six Esprits élémentaires :
Lors de la Création, Sol et Luna auraient envoyés six divinités élémentaires sur Ozma, symbolisant l'Eau, le Feu, la Terre, la Glace, le Vent et la Foudre. Le premier trio aurait été invoqué par Sol, et le second par Luna. C'est à ses entités que l'on devrait le mana sur Ozma. D'après les légendes, les Esprits auraient à leur arrivée sur la planète élu chacun une famille d'êtres humains. Ces familles, après s'être développées, sont devenues les fameux clans élémentaires à l'origine des plus grands pays d'Ozma, tous affiliés à un élément.
Aucune preuve n'a jamais été trouvée quant à leur existence, si ce n'est certains récits historiques ou témoignages fantaisistes. Il n'en demeure pas moins que nombreux phénomènes constants restent sujets à de nombreuses intrigues scientifiques, comme le blizzard incessant protégeant l'inexpugnable Mont Éternel des Terres de Glace. 
Sans surprise, ils sont la source de multiples folklores aux quatre coin du monde.

L'Eclyps :
Cataclysme planétaire qui a eu lieu quelques millénaires avant le début de l'histoire, issu d'une collision entre Sol et Luna. Elle aurait décimé plus des deux tiers de la population mondiale dans d'innombrables catastrophes naturelles, altérant jusqu'à la topographie même de la planète entière. L'une des conséquences diverses et désastreuse fut une immense perte du patrimoine historique d'Ozma, malheureusement en grande partie numérisée. L'origine de la collision est incertaine, certains religieux y voient une punition divine quand les scientifiques théorisent un déséquilibre violent lié au mana. L'héritage des survivants relate qu'un spectre inquiétant aurait pris la place des deux astres dans le ciel durant le désastre, pour finalement disparaître, laissant Sol et Luna reprendre leur ronde autour de la planète.

L'Égide :
Fondée par certains survivants de l'Eclyps, l'Égide est une organisation mondiale dont le but est de préserver la planète d'un nouveau cataclysme. L'une de ses premières prérogatives fut de tempérer les tensions entre les deux Églises, qui malgré l'origine du désastre, continuait de se rejeter mutuellement la faute. Son ordre s'est installé progressivement autour du globe durant de nombreux siècles, jusqu'à en devenir omniprésent. Elle défend de nombreuses valeurs éthiques, comme les droits de l'homme, l'écologie, et bien évidemment la paix. Elle n'a pas d'armée officielle, mais sa présence et sa puissance sont telles qu'elles se suffisent à elle même.
L'Égide possède néanmoins une "élite", comprenant aussi bien de puissants guerriers que des génies scientifiques. Ces derniers sont nommés les "Défenseurs d'Ozma" (ou DO) et sont formés au sein de quatre établissements, sobrement désignés EFDO, pour "Etablissement de Formation des Défenseurs d'Ozma". On s'y inscrit à partir de l'âge de dix ans, où on y suit un programme scolaire extrêmement rude, mêlant des disciplines de combat appelant la maîtrise de l'arme blanche, du mana et de la psy-énergie, à des matières culturelles comme l'histoire-géographie ou la Littérature. Au bout de cinq ans d'études, les DO en herbe passent un ultime examen dans l'espoir d'intégrer l'ADO... mais pour avoir des infos sur celle-ci, faudra attendre le tome 2 :sifflote:

La psy-énergie :
Comme l'évoque sa dénomination, elle est une énergie psychique, mystérieuse, invisible et impalpable. Sa "découverte" remonte à la fondation de l'Égide, quand l'Homme a constaté que toute forme de vie munie d'une conscience était capable de prouesses extraordinaires sans avoir besoin de faire appel à son mana. Impénétrable, aucune technologie ne permet ni de la détecter ni de la mesurer. C'est la raison pour laquelle elle est encore quelques millénaires après, un sujet à débat au sein de la communauté scientifique, dont une partie ne se gêne pas d'appréhender son appellation comme une superstition tenace. 
C'est par son intermédiaire que les humains ou autres formes de vie, puissent avoir recours à des pouvoirs tels que la télékinésie ou la maîtrise des éléments.

La géographie d'Ozma :
La planète est divisée en quatre continents principaux ;
  • Occide, continent de l'ouest. C'est là bas que se déroule l'action du premier tome. On y trouve l'EFDO où a étudié Ice, et des pays très importants comme le Leito (foyer de la religion Solarienne) et les Terres de l'Eau.
  • Orian, continent de l'est. Vann, l'un des personnages principaux, y est originaire.
  • Septentrio, continent du nord. S'y situent les Terres de Feu et de Glace, où sont respectivement nés Xam et Ice.
  • Kantros, le continent du centre, dirigé par l'Égide.

mercredi 6 avril 2016

Fantasme

Sans détours, voici la seconde version que je vous ais promis dans le précédent billet. Vous remarquerez qu'elle est beaucoup plus longue, en raison des personnages qu'elle fait intervenir, eux même auteurs de dialogues et protagonistes d'un drame.

En joie :

Chapitre 1
Le départ

– Papa, tu nous racontes l’histoire du monde ?
– Tu me sembles bien trop agité, jeune homme.
– Allez quoi ! Toi aussi, tu veux l’entendre ? Hein Ice ?
Mon grand frère, tout à coup inquiet, cesse de vibrionner sous sa couette pour me fixer d’un air suppliant. Je lui réponds par un timide hochement de tête, emmitouflé moi aussi dans la douce tiédeur de mes couvertures. Attendri, mon père pousse un léger soupir. Il se résignera une fois de plus à jouer les conteurs pour cette nuit.
– D’accord, annonce-t-il, ferme le volet. Ah, et la fenêtre aussi. Je t’ai déjà dit qu’Ice était encore trop petit, il risque d’attraper froid.
– Et moi je dis que c’est pas logique, si tous les habitants d’ici sont bénis par le froid, alors les enfants aussi… conteste aussitôt mon grand frère presque insolent.
Papa n’a pas besoin de froncer les sourcils pour le convaincre d’obéir, seulement de croiser les bras. Sans plus d’entêtement, mon frère s’exécute et se lève sur son matelas. Le dos courbé par-delà la fenêtre, il vient agripper le bord du battant en bois après quelques secondes à être resté immobile, le regard sûrement perdu dehors, parmi les reflets lunaires qui s’épandent à cette heure-ci le long des rues tapissées de glace. Les rayons de l’astre d’argent se dissipent peu à peu alors que le volet se ferme, ne laissant plus que la lumière tamisée de la lampe de chevet éclairer notre chambre. À côté d’elle, papa s’assied, par terre, entre nos deux lits.
– C’était il y a très très longtemps… il commence à raconter, sans ouvrir le moindre livre.
Il marque une pause, mon frère arbore son sourire impétueux et moi je m’agriffe à mon duvet. Assuré de notre attention, il reprend :
– … d’un temps où même les premières neiges n’étaient pas encore tombées. Gaïa notre belle planète était vide, déserte, désolée : une étoile sans éclat ni couleurs… il ponctue d’un air inquiet. C’est alors que surgirent du néant deux astres sublimes ! 
Papa vient d’illustrer sa phrase d’une voix haute, tout en nous présentant ses mains.
– L’un brillant comme l’or : Sol, annonce-t-il en ouvrant la gauche.
Au même instant, une très jolie sphère ambrée s’illumine au-dessus de sa paume.
– L’autre luisant comme l’argent : Luna, déclare-t-il avec une seconde étoile dans la main droite.
Fébrilement, j’essaie d’attraper cet orbe nacré qui lévite devant moi. Mais la jolie balle, tout comme sa jumelle devant la mine amusée de mon aîné, nargue mes doigts pour finalement s’échapper vers le plafond.
– Émus devant la pauvre Gaïa, si terne et si triste, Sol et Luna décidèrent d’agir en faisant appel à leurs pouvoirs divins…
À cause des deux volutes qui captivaient notre regard, mon frère et moi n’avons pas remarqué le décor de notre chambre en train de se transformer, jusqu’à ce que leur lumière nous aveugle dans un puissant halo. Les yeux aussitôt rouverts, nous nous retrouvons au beau milieu d’une prairie sous un ciel clair et serein, tandis que Papa continue à raconter :
– … et insufflèrent la vie à notre chère planète. C’est ainsi, qu’océans, forêts et montagnes inondèrent sa surface…
Les images s’enchaînent au même rythme que ses mots ; et moi, emporté au cœur de ce spectacle grandiose, je tends mes petits bras à l’extérieur de mon lit contre lequel s’abat une mer houleuse, pourtant incapable de le faire tanguer, à l’instar du vent soufflant entre mes draps secs sans jamais pouvoir les soulever. 
– … en amenant en leur sein les êtres qui les peuplent encore de nos jours.
Et alors que poissons et oiseaux apparaissent tout autour de nous, fendant ciel et eau, je me concentre sur les yeux de Papa, posés tour à tour sur mon visage et celui de mon frère. L’océan sur lequel il est assis se retire pour de nouveau laisser place à la terre, où émergent soudainement sentiers et routes pavées, menant au loin vers ce que nous reconnaissons comme des villages. Enfin, Papa se lève et nous invite à pencher comme lui, notre menton vers le ciel. 
– Leur œuvre accomplie, il poursuit de sa voix imperturbable, Sol et Luna exprimèrent leur vœu de rester veiller auprès de Gaïa. Ce faisant, les jumeaux divins se séparèrent. Postés chacun à l’autre bout du monde, ils entamèrent leur ronde éternelle. Ainsi naquirent le jour et la nuit.
Toujours avec le même envoûtement, nous contemplons le dégradé de l’éther fondre tantôt vers un azur flamboyant, tantôt vers un rideau de jais scintillant.
– Les deux dieux furent prévenants, car de crainte que la nature flétrisse, que ses enfants faiblissent, ils bénirent Gaïa de six Grands Esprits. Grâce à ses nouveaux gardiens, le monde s’emplit d’une immense et fabuleuse énergie, nommée mana par nos plus vieux ancêtres.
Mon grand frère s’est volontiers mêlé à l’aura luminescente qui jaillissait entre les roches et les herbes, en matérialisant lui aussi une légère brume cristalline dans le creux de ses mains. Je ne sais pas en faire autant, alors je comble son orgueil en le fixant d’un œil envieux, avant qu’il ne perde la face devant six éclats colorés.
– Parmi les six Esprits, Sol avait envoyé ceux de la Terre, de l’Eau et du Feu ; quant à Luna : ceux du Vent, de la Foudre et de la Glace.
– C’est lui qui a créé notre pays ! interrompt tout à coup mon aîné.
– Pas tout à fait, rétorque mon père, sans perdre le charisme de son ton narratif. Car dès leur arrivée sur Gaïa, les six Esprits se firent chacun un ami. Ces bienheureux Gaïens, à la faveur de leurs protecteurs, héritèrent gloire et prospérité. Leurs familles devinrent rapidement des clans à la tête de six grands pays que l’on connait encore aujourd’hui, à l’image de nos chères Terres de Glace et ses voisines les Terres de Feu.
Papa termine sa phrase et la terre explose à l’horizon. J’entends son cri, et je la vois vomir son sang bouillonnant par-delà ses plus hauts sommets. D’autres montagnes surgissent vers nous, les fracas sont de moins en moins sanglants et leurs frères aux cols ardents disparaissent finalement derrière des cimes d’albâtre. Je reconnais ma patrie ensevelie sous les flocons de neige et les cristaux de glace ; ma ville apparaît parmi les versants qui s’agrandissent ; j’en aperçois maintenant les rues, elles se dessinent entre les façades de mes voisins et continuent dans notre direction ; à cet instant le volet de ma chambre se referme, nous laissant de nouveau tous les trois dans l’intimité lumineuse de ma lampe de chevet.
– Allez ! Au dodo ! s’exclame Papa.
– Quoiiii ? s’insurge mon frangin. T’as pas terminé ! Et l’Eclyps alors ?
– Tu cherches à terroriser ton petit frère ?
– Bah justement, à son âge il doit pas bitter la moitié de tes phrases.
Papa soupire, et comprend à travers mon regard innocent qu’il n’a pas vraiment tort.
– Très bien, dit-il d’un nouvel air résigné. Mais pas de psy-énergie, ton imagination suffira. Je ne tiens pas à le traumatiser.
Il s’assied donc aux côtés de mon frère, sur le bord de son lit. Avec une expression soudainement bien plus grave, il poursuit son histoire :
– Malheureusement, les Gaïens furent incapables de fonder leur foi sous les auspices de l’harmonie. En leur Dieu et Déesse ils virent deux rivaux, plutôt que deux parents. De cette division naquirent deux Églises, Solarienne et Lunarienne, se vouant l’une pour l’autre une haine inextinguible. Commencèrent d’inlassables conflits qui, durant des millénaires, souillèrent Gaïa de larmes de sel et de sang.
Je n’ai pas suivi. Mon père a-t-il volontairement employé un vocabulaire encore plus compliqué, afin que je ne puisse rien saisir ? J’ignore s’il en est de même pour mon grand frère, mais ce dernier semble toujours aussi captivé, comme le montrent ses mains cimentées sur ses draps.
– Sol et Luna, affolés devant tel chaos, ne savaient plus vers quoi se tourner. Quand un jour, l’irrémissible se produisit : dans leur course folle, les deux astres divins venaient de se percuter. À la suite de cette terrible collision, le ciel s’enténébra et les dieux disparurent, remplacés par un spectre informe, inénarrable. Jamais le monde n’eut connu plus terrible désastre.
Mon père hausse le ton, cela suffit à me convaincre de me réfugier sous mes draps. Mais le mur duveteux n’est pas très efficace, sa voix parvient à mes oreilles, et ses images traversent mon esprit.
– La nature était déréglée, bouleversée, tourmentée. Pas même les Grands Esprits n’arrivaient à maîtriser l’ire des Éléments. Aujourd’hui encore, Gaïa se souvient des brasiers infernaux qui immolaient toutes vies, elle se rappelle que d’incessants blizzards pétrifiaient le temps, que la terre s’engouffrait sous des séismes abyssaux. Elle n’a pas oublié ses enfants regardant le ciel se déchirer derrière les plus violents cyclones, fuyant les villes martelées à grands coups d’éclairs, englouties alors jusqu’aux sommets des montagnes par de titanesques lames de fonds.
– « Car cette apocalypse fut à jamais retenue sous le nom d’Eclyps. Puisse-t-elle avoir scellé avec notre passé, les plus irrémissibles de nos péchés. » ponctue mon frère sur un air grotesquement solennel.
Mon père arque un sourcil, les lèvres aussi.
– Si tu la connais par cœur, pourquoi tiens-tu à ce que je te raconte cette vieille légende à chaque fois ?
– Bah, pour l’apprendre par cœur justement ! Tout le monde sur Gaïa la connaît, pas vrai ? Ce serait trop la honte si c’était pas mon cas !
– Oh la plupart ne connait que les grandes lignes, précise Papa. Chacun a sa propre façon de la raconter, l’important reste le fond.
Ai-je d’ailleurs compris le fond ? C’est peu probable, après tout je ne me pose même pas la question, je ne fais qu’émerger craintivement de sous mes draps. Mon frère par contre, prend le sujet à cœur et s’interroge :
– Dis papa, les gens dans le monde… ils en pensent quoi de tout ça ?
– Toutes sortes de choses, répond mon père. Certains y voient des faits, d’autres qu’une simple fable, mais tous tremblent à l’idée de jours si sombres. Reste à savoir avec quelle encre s’écrira la suite de cette histoire…
Je ne comprends toujours pas ce que papa raconte, et à en juger son expression perplexe, mon frangin non plus. Mon père reste silencieux, il a gardé cet air absent depuis qu’il s’est tu.
– Bon, dit-il finalement après s’être relevé, il faut dormir maintenant.
Mon frère acquiesce enfin, puis plonge énergiquement sous sa couverture. Il aura bien du mal à trouver le sommeil. Papa se penche au-dessus de notre commode, les doigts glissant sur l’interrupteur de la lampe. Dans la sombreur qui s’empare de ma chambre, je sens une caresse se déposer sur mes cheveux.
– Bonne nuit, nous souhaite-t-il.
Passé le seuil, sa silhouette s’efface dans l’entrebâillement de notre porte. J’entends sa voix s’estomper dans le couloir pendant qu’il s’adresse à Maman. Nous voilà tous les deux seuls, soumis aux ténèbres, attendant que le sommeil nous emporte. Mon frère pousse alors un soupir rêveur.
– Hé Ice… il fait, l’esprit ailleurs. Tu as déjà pensé à ce que tu veux faire plus tard ? Ce que tu veux devenir ou ce à quoi tu veux ressembler ?
Difficile, du haut de mes cinq ans, de répondre à de telles interrogations. Je me contente donc de marmonner un « non » d’une voix fluette.
– Moi, tout le temps. J’aimerai trop partir découvrir le monde, comme Enadijd, le héros des histoires que nous raconte papa. Tu sais quoi ! Je vais peut-être m’inscrire pour devenir DG au sein de l’Égide ! Il paraît que tu dois suivre un entraînement super dur dans des énormes écoles, et qu’à la fin, tu fais un très long voyage pour passer ton examen !
Évidemment, tout cela me sonne incroyablement compliqué. Je continue de l’écouter déballer tous ses fantasmes, sans oser l’interrompre.
– … c’est l’Égide qui a aidé Gaïa à se reconstruire, et ce sont les DG qui empêchent les guerres et qui nous protègent des monstres. Ah là là…
Si je ne peux pas le voir, son sourire, je l’entends. Cette béatitude m’intrigue, c’est pourquoi je décide de rejoindre mon frère au cœur de ses fantaisies. Quand un bruit sourd nous sort tout à coup de nos rêveries.
Le vacarme retentit de nouveau, puis encore. Je n’ai jamais rien entendu de tel. Ce n’est pas le tonnerre, le tonnerre ne me conduit pas sous ma couette, à trembler les bras croisés sous mon menton. Les éclats continuent, cette fois-ci des cris horribles les accompagnent. Pourquoi hurlent-ils à l’aide ? Je reconnais le grincement de mon volet, désormais ouvert. Peureusement, je décide alors de pointer mon nez au-dessus de ma couverture. Je découvre mon frère, figé devant la fenêtre. Des flammes dévorent l’horizon par-delà ses épaules, elles étendent leur spectre écarlate jusque sur les murs de notre chambre. Un autre hurlement vient de percer les braises, celui d’une femme, mais il s’étouffe soudain derrière des pleurs, qui se taisent eux aussi.
– Ils… ils les ont tué… bredouille mon frère, les mains crispées jusqu’aux coudes.
Il en a trop dit. Mes yeux chauffent à leur tour ; je ne peux plus contenir mes larmes. À ce moment-là, la porte s’ouvre dans un claquement brusque. Mon père en surgit et traverse la chambre en trombe. Il nous saisit tous les deux par les poignets puis nous précipite dans le couloir.
– Papa ! Papa ! répète mon grand frère d’une voix chagrine. Qu’est-ce qui s’passe ?
Mais moi je ne veux rien savoir. Je veux juste que mon père arrête de me faire mal au bras, que les gens dehors arrêtent de crier. Aucun de mes souhaits ne s’exauce, Papa continue de nous presser jusque dans le salon pendant que mon frère s’escrime à obtenir une réponse. J’aperçois Maman accourir vers nous. L’espace de quelques secondes, mon angoisse diminue tandis que je plonge le nez dans les plis de sa robe.
– Ils sont partout dans les rues, ils massacrent tout le monde sans distinction, elle s’explique à bâtons rompus. C’est trop dangereux de sortir ! 
– Il faut trouver un endroit où les mettre à l’abri ! l’interrompt Papa une dernière fois.
– Venez les enfants, dit-elle en nous prenant à son tour par la main.
Puis elle nous conduit d’un pas pressé dans la buanderie. Dans l’urgence, elle ouvre l’armoire séchante et nous place entre les cintres et les chemises. Là, elle s’accroupit face à nous et déclare :
– Ça va aller mes trésors.
Mais son visage éploré nous exprime l’inverse.
– Ce n’est qu’un vilain cauchemar.
Alors pourquoi nous sert-elle si fort dans ses bras ?
– Vous restez bien sagement ici et vous ne faites surtout pas de bruit, d’accord ?
Elle pose ensuite ses mains tremblantes chacune sur l’une de nos joues avant de nous enlacer une dernière fois. Je ne veux pas qu’elle me lâche, mais elle me prie de ne pas pleurer.
– Veille bien sur ton frère, demande-t-elle à mon aîné.
Le battant se referme. Nous revoilà dans le noir. Dès lors, le temps n’a plus cours. Mon frère est invisible et muet. Je n’ai que ses tremblements pour me rassurer. Les cris continuent dehors. L’attente est insoutenable. Combien de minutes, secondes, se sont écoulées ? Soudain, un bruit sec provient du salon. On est entré chez nous. Les supplications de mes parents résonneront bientôt à leur tour.
– Je refuse de rester planqué ici pendant qu’ils nous protègent !
Mon frère craque et bondit hors de l’armoire. Il fait toujours sombre, Maman a bien pensé à éteindre la lumière en quittant la pièce. Toutefois, la fenêtre et la pénombre qui s’y glisse me suffisent à le voir en train de serrer les poings.
– Je sais que Papa et Maman nous ont interdit d’utiliser la psy-énergie comme une arme, mais…
Il marque une pause, le bras levé devant lui. Des frissons viennent en même temps me parcourir la peau ; pourtant aucun courant d’air n’a pu pénétrer la pièce. Stupéfait, j’observe la multitude de cristaux de glace qui apparaît dans le creux de sa main, et qui s’étend par-delà ses doigts en une ligne fumante, grossissante et tranchante. Il brandit alors son coutelas de givre en direction de la porte. Avant qu’il ne parte, je m’agriffe à son pyjama.
– T’as peur de rester ici tout seul, hein… T’as raison, reste avec moi, j’te protégerai !
J’aimerais lui dire de ne pas y aller, mais les mots restent coincés au fond de ma gorge. Je veux faire demi-tour, malgré cela mes jambes refusent de répondre. Je suis spectateur de mes actions, encore. C’est trop tard, mon frère pousse la porte donnant sur le salon. Le point de non-retour est franchi, mon pouls s’accélère.
– Non…
Mon frère avance lentement. J’en suis incapable. Mon corps entier se met à vaciller, tandis que mes yeux remontent le plancher empourpré jusqu’aux corps entassés de mes parents.
– Pourquoi…
Mon frère lève son regard, il s’adresse à la silhouette menaçante qui surplombe leur corps.
– Pourquoi ? il répète.
Toujours derrière lui, je remarque que mes mains sont moites, mon front et mon dos aussi… j’ai l’impression d’avoir transpiré une nuit entière.
– Pourquoi vous avez fait ça ! il hurle, le visage déformé par une rage chagrine.
L’assassin se retourne, impassible.
– Nous suivons la volonté de Sol.
Mon frère vocifère sa rage tout en s’élançant vers le meurtrier. Mes membres continuent de vaciller, toujours plus fort, comme si quelqu’un me secouait Ma vision se trouble, pas assez pour m’épargner la suite. L’assassin brandit alors son sabre à la teinte grenat.

– Non ! s’égosilla Ice soudainement.
– Si ! Lève-toi feignasse ! Il est déjà dix plombes du mat’ !
Haletant, l’adolescent découvrit le visage railleur de son compagnon de chambrée.
– Diggs… il soupira, du haut de son lit superposé.
Ce dernier se tenait à quatre pattes au-dessus de lui, les cheveux longs ébouriffés et dans une tenue se résumant à un caleçon. 
– Le seul, l’unique. Une confession à me faire ?
Ice considéra l’allure débraillée de son colocataire avant de lui répondre :
– Ouais, heureux de pouvoir compter sur toi quand il s’agit de se réveiller tôt.
– Doucement l’ingrat ! C’est déjà pas mal que je te tire du lit ! rétorqua Diggs avant de regagner le sol d’un saut agile.
L’adolescent encore somnolent opta plutôt pour les échelons. En traversant la chambre, il frappa amicalement du poing l’épaule de Diggs qui se débarbouillait le visage au lavabo. Il s’arrêta ensuite devant la fenêtre, l’esprit encore un peu embrumé.
– J’aère, il annonça le doigt sur un interrupteur.
Instantanément la vitre disparut, telle une bulle que l’on aurait éclatée. Ice regarda au-delà, distrait par les battements d’ailes d’un oiseau en plein essor.
Au sud d’Occide, continent le plus à l’ouest du monde, le ciel était presque nu. Seulement quelques draps cotonneux, entre lesquels l’astre divin répandait un feu azuré au-dessus d’un océan de verdure. L’animal venait de quitter les murs blancs d’un colossal édifice où se réfléchissait l’éclat matinal. Il escalada les nombreux bâtiments mitoyens qui composaient son enceinte, abandonnant au passage quelques plumes sur leurs façades renflées et leurs toits en pente. Et si ces gigantesques pétales pouvaient bien faire office de perchoirs, il n’était pas question de s’y assoir.  Car de toutes les constructions qui formaient ce bien étrange et titanesque bourgeon, la bête ailée convoitait la plus haute : cette tour trônant en son centre, semblable au pistil. Mais l’oiseau, oisif, ignorait que seul un directeur pouvait prendre siège tout en haut de ces bureaux, ceux d’un Établissement de Formation de Défenseur de Gaïa. 
L’oiseau ne savait pas que, ce 3 Glacies 2533 du nouveau calendrier gaïen, débuterait le périple d’un garçon dans un monde en quête de Rédemption.



Pro-logue ?

Il est temps de dépoussiérer un peu ce journal numérique, et quoi de mieux que de vous faire participer un peu en glanant quelques uns (ou nombreux, soyons rêveurs) de vos avis.

Je tiens au passage à m'excuser pour le manque de contenu et l'irrégularité de mes interventions. Je dois avouer qu'il n'a jamais été dans mes projets d'y rédiger fréquemment, compte tenu du côté chronophage que peut exiger un journal web. Celui-ci a été créé dans un premier temps dans le but de donner à mon statut d'auteur une identité numérique, un lieu où l'on puisse me contacter et prendre connaissance de mes projets. Si vous souhaitez suivre mon avancement, prendre de mes nouvelles ou discuter avec moi, je vous invite à rejoindre ma page facebook. (Bien que je gage que la majorité d'ente vous lisant ces lignes ont été redirigé ici depuis cette page... )

Bien revenons à nos cornichons. Il y a deux semaines, je vous apprenais sur ladite page que j'étais confronté à un conflit d'idées. Suite à de nombreux retours de collègues auteurs, il s'est avéré qu'il serait salutaire d'éviter de commencer mon premier tome par un prologue. Comme ils s'apparentent à des pancartes indicatives, les prologues freinent bien souvent l'immersion du lecteur, lui, préférant la plupart du temps découvrir le cadre de l'histoire au fil du récit.
J'ai donc, comme première étape, remanier mon prologue en écartant l'aspect didactique et encyclopédique de la légende qui y est narrée, pour quelque chose de beaucoup plus lyrique ( pour les termes techniques : je suis passé d'une légende extradiégétique à une légende intradiégétique). 
Mes frères et sœurs de plumes ont salué l'effort et le résultat, toutefois sans jamais de détourner de l'idée que je gagnerais toujours à le supprimer.
À nouveau, je me suis attelé à la réécriture de mon incipit. À présent et bien que je pense déjà avoir fait mon choix, je me tourne vers toi ami(e) lecteur ou lectrice, pour m'enquérir de ton avis au sujet de ces deux versions.

Je commence donc par le prologue et le début du chapitre 1 (la deuxième version, bien plus longue, viendra dans un différent billet, histoire de ne pas surcharger celui-ci) :

Prologue
Cette histoire est celle de Gaïa. Gaïa est ronde, Gaïa est bleue, Gaïa est mère. Elle est une terre de vie, de mythes, de légendes. Au sein de ces innombrables récits apparaît sa genèse, transmise depuis une époque immémoriale et ainsi narrée :

« Jadis, du temps où rien n’avait encore commencé, existait déjà notre monde. Il demeurait à l’image de ce qui l’entourait, vide et sans couleurs. C’est alors que surgirent du néant deux astres sublimes : l’un brillant comme l’or, Sol ; et l’autre luisant comme l’argent, Luna. Émus à la vue pathétique de leur cousine, les jumeaux divins décidèrent d’insuffler la vie à l’étoile désolée que fût autrefois Gaïa. Les océans, forêts et montagnes inondèrent bientôt sa surface, amenant en leur sein les êtres qui les peuplent encore de nos jours. Or, de crainte d’une apparente fragilité, Sol et Luna envoyèrent six Grands Esprits pour veiller auprès de la nature et de ses enfants. Sol dépêcha les Esprits du Feu, de l’Eau et de la Terre ; Luna délégua quant à elle ceux du Vent, de la Glace et de la Foudre. Enfin, le monde issu de cet équilibre s’emplit d’une immense énergie à laquelle nos premiers ancêtres donnèrent le nom de mana.
Sol et Luna, une fois leur œuvre accomplie, se prirent d’affection pour les Humains et décidèrent de rester veiller auprès d’eux. Alors les jumeaux dans une parfaite symétrie entamèrent tous deux leur rituelle ronde autour de la planète bienheureuse. Ainsi naquirent le jour et la nuit. Charmés à leur tour, chacun des Esprits choisit d’apporter amour et protection à six humains et leurs proches. Six familles qui devinrent six clans, qui fondèrent ensuite six grands pays, soit six Terres bénies par des éléments distincts.
Malheureusement, les gaïens furent incapables de fonder leur foi sous les auspices de l’harmonie. En leurs Dieu et Déesse ils virent deux rivaux, plutôt que deux parents. De cette division naquirent deux Églises, Solarienne et Lunarienne, se vouant l’une l’autre une haine inextinguible. Commencèrent d’inlassables conflits qui, durant des millénaires, souillèrent Gaïa de larmes de sel et de sang. Aveuglés par leur haine, nos belliqueux ancêtres ignorèrent le chaos qu’ils avaient propagé par-delà même le ciel. Car dans l’éther impénétrable les dieux-astres ne tournaient plus ; ils s’agitaient, inconstants et confus. Quand l’inévitable se produisit : une collision, une fusion, une transformation, celle des dieux astres en un inénarrable spectre hybride émergeant au milieu d’un plafond enténébré, et amenant avec lui misère et calamités sur le monde. Nul ne put se soustraire à cette désolation, pas même les six esprits impuissants devant l’ire des éléments dont ils demeuraient jusqu’ici les maîtres et gardiens. Déchaînées, les forces de la nature ne firent preuve d’aucune merci. 
Gaïa se souvient des brasiers infernaux qui immolaient toute vie, elle se rappelle que d’incessants blizzards pétrifiaient le temps, que la terre s’engouffrait sous des séismes abyssaux. Elle n’a pas oublié ses enfants regardant le ciel se déchirer derrière les plus violents cyclones, fuyant les villes martelées à grands coups d’éclairs, englouties alors jusqu’aux sommets des montagnes par de titanesques lames de fonds.

Cette apocalypse fut à jamais retenue sous le nom d’Eclyps. Puisse-t-elle avoir scellé avec notre passé, les plus irrémissibles de nos péchés. »
A.A

Nous sommes le 3 Glacies 2533 du nouveau calendrier Gaïen, Sol et Luna voguent de plus belle le long de la voûte céleste, et chacun, enfant comme adulte, connait les grandes lignes de ce récit. Certains y voient des faits, d’autres qu’une simple fable, mais tous tremblent à l’idée de jours si sombres. Une seule question demeure : avec quelle encre Gaïa écrira la suite de son histoire ?

Chapitre 1
Le départ

Au sud d’Occide, continent le plus à l’ouest du monde, le ciel était presque nu. Seulement quelques draps cotonneux, entre lesquels l’astre divin répandait un feu azuré au-dessus d’un océan de verdure. Au cœur de cette étendue vierge siégeait un colossal édifice. Ses murs blancs réfléchissaient l’éclat matinal qui caressait son enceinte, composée de nombreux bâtiments mitoyens, aux façades renflées et aux toits en pente, leur donnant l’aspect de gigantesques pétales. Enfin, semblable au pistil, une tour trônait au centre de ce bien étrange bourgeon. 
Cette construction insolite avait pour nom EFDG, ou « Établissement de Formation des Défenseurs de Gaïa ». Et dans l’une des chambres de cette école dormait un garçon, dont les songes étaient tourmentés par de sinistres souvenirs. Sa mémoire redessinait un décor obscur. L’on devinait la sombreur nocturne à la lumière tamisée qui éclairait la pièce. Quelques commodes renversées jonchaient le parquet, ainsi qu’un cadre dont le verre brisé avait laissé s’échapper une photo de famille. Celle-ci représentait un homme et une femme main dans la main, derrière deux enfants s’amusant dans la neige. L’aîné se tenait debout près du cliché, poings et dents serrés. Il faisait face aux corps inertes de ses parents, allongés sur un plancher écarlate aux pieds d’une silhouette menaçante et souillée par le crime. 
Encore et toujours pris au piège dans cet épouvantable cauchemar, son petit frère se recroquevillait dans le coin de la pièce. On pouvait lire la terreur sur son visage humide et ridé tandis qu’il s’agitait dans son lit, prisonnier du passé. Avant son réveil, il expérimenterait une nouvelle fois la scène la plus solidement ancrée dans son esprit : celle où son grand frère vocifère haine et chagrin au meurtrier.
– Pourquoi vous avez fait ça ?!
– Nous suivons la volonté de Sol.
L’assassin brandit alors sa lame à la teinte grenat dans le but d’achever son méfait.
– Non ! s’égosilla brutalement l’adolescent.
– Si ! Lève-toi feignasse ! Il est déjà dix plombes du mat’ !
Haletant, le jeune homme découvrit le visage railleur de son compagnon de chambrée.
– Diggs… il soupira.


mercredi 24 février 2016

Premier extrait

Comme je l'ai précisé dans l'article qui lui est concerné, le chapitre 1 et son prologue ne demeurent rien de plus que des premiers jets voué à être inlassablement réécrit. Or ces derniers temps, je pense être arriver à quelque chose de plus ou moins satisfaisant. Si tu as lu l'ancienne version, il y a de fortes chances que tu finisses surpris à la lecture de ces innombrables et lourds changements.

Bien entendu, l'extrait qui va suivre demeure toujours en chantier, et ne prétend à un résultat final digne d'être édité.

Prologue
Cette histoire est celle de Gaïa. Gaïa est ronde, Gaïa est bleu, Gaïa est mère. Elle est une terre de vie, de mythes, de légendes. Au sein de ces innombrables récits apparaît sa genèse, transmise depuis une époque immémoriale et ainsi narrée :

« Jadis, du temps où rien n’avait encore commencé, existait déjà notre monde. Il demeurait à l’image de ce qui l’entourait, vide et sans couleur. C’est alors que surgirent du néant deux astres sublimes : l’un brillant comme l’or, Sol ; et l’autre luisant comme l’argent, Luna. Émus à la vue pathétique de leur cousine, les jumeaux divins décidèrent d’insuffler la vie à l’étoile désolée que fût autrefois Gaïa. Les océans, forêts et montagnes inondèrent bientôt sa surface, amenant en leur sein les êtres qui les peuplent encore de nos jours. Or, de crainte d’une apparente fragilité, Sol et Luna envoyèrent six Grands Esprits pour veiller auprès de la nature et de ses enfants. Sol dépêcha les Esprits du Feu, de l’Eau et de la Terre ; Luna délégua quant à elle ceux du Vent, de la Glace et de la Foudre. Le monde issu de cet équilibre s’emplit alors d’une immense énergie à laquelle nos premiers ancêtres donnèrent le nom de « mana ».
Sol et Luna, une fois leur œuvre accomplie, se prirent d’affection pour les Humains et décidèrent de rester veiller auprès d’eux. Alors les jumeaux dans une parfaite symétrie entamèrent tous deux leur rituelle ronde autour de la planète bienheureuse. Ainsi naquirent le jour et la nuit. Charmés à leur tour, chacun des Esprits choisirent d’apporter amour et protection à six humains et leurs proches. Six familles qui devinrent ensuite six clans, qui fondèrent alors six grands pays, soit six Terres bénies par un élément distinct.
Malheureusement, les gaïens furent incapables de fonder leur foi sous les auspices de l’harmonie. En leur Dieu et Déesse ils virent deux rivaux, plutôt que deux parents. De cette division naquirent deux Églises, Solarienne et Lunarienne, se vouant l’une pour l’autre une haine inextinguible. Commencèrent d’inlassables conflits qui, durant des millénaires, souillèrent Gaïa de larmes de sel et de sang. Aveuglés par leur haine, nos belliqueux ancêtres ignorèrent le chaos qu’ils avaient propagés par-delà même le ciel. Car dans l’éther impénétrable les dieux-astres ne tournaient plus ; ils s’agitaient, inconstants et confus. Quand l’inévitable se produisit : une collision, une fusion, une transformation, celle d’un inénarrable spectre hybride émergeant au milieu d’un plafond enténébré, et amenant avec lui misère et calamités sur le monde. Nul ne put se soustraire à cette désolation, pas même les six esprits impuissants devant l’ire des éléments dont ils demeuraient jusqu’ici les maîtres et gardiens. Déchaînées, les forces de la nature ne firent preuve d’aucune merci. Gaïa se souvient des brasiers infernaux qui immolaient toutes vies, elle se rappelle que d’incessants blizzards pétrifiaient le temps, que la terre s’engouffrait sous des séismes abyssaux. Elle n’a pas oublié ses enfants regardant le ciel se déchirer derrière les plus violents cyclones, fuyant les villes martelées à grands coups de tonnerre, englouties alors jusqu’aux sommets des montagnes par de titanesques lames de fonds.

Cette apocalypse fut à jamais retenue sous le nom d’Eclyps. Puisse-t-elle avoir scellé avec notre passé, les plus irrémissibles de nos péchés. »
A.A

Nous sommes le 3 Glacies 2533 du nouveau calendrier Gaïen, Sol et Luna voguent de plus belle le long de la voûte céleste, et chacun, enfant comme adulte, connait les grandes lignes de ce récit. Certains y voient des faits, d’autres qu’une simple fable, mais tous tremblent à l’idée de jours si sombres. Une seule question demeure : avec quelle encre Gaïa écrira la suite de son histoire ? 
Chapitre 1
Le départ
Au sud d’Occide, continent le plus à l’ouest du monde, le ciel était presque nu. Seulement quelques draps cotonneux, entre lesquels l’astre divin répandait un feu azuré au-dessus d’un océan de verdure. Au cœur de cette étendue vierge siégeait un bien étrange et colossal édifice. Ses murs blancs renforçaient l’éclat matinal qui caressait son enceinte, composée de nombreux bâtiments mitoyens, aux façades renflées et aux toits en pente, leur donnant l’aspect de gigantesques pétales. Enfin, semblable au pistil, une tour trônait au centre de ce bulbe déjà en éclosion. 
Cette construction insolite avait pour nom EFDG, ou « Établissement de Formation des Défenseurs de Gaïa ». Et dans l’une des chambres de cette école dormait un garçon, dont les songes étaient tourmentés par de sinistres souvenirs. Sa mémoire redessinait un décor obscur. L’on devinait la sombreur nocturne à la lumière tamisée qui éclairait la pièce. Quelques commodes renversées jonchaient le parquet, ainsi qu’un cadre dont le verre brisé avait laissé s’échapper une photo de famille. Celle-ci représentait un homme et une femme main dans la main, derrière deux enfants s’amusant dans la neige. L’aîné se tenait debout près du cliché, poings et dents serrés. Il faisait face aux corps inertes de ses parents, allongés sur un plancher écarlate aux pieds d’une silhouette menaçante et souillée par le crime. 
Encore et toujours pris au piège dans cet épouvantable cauchemar, son petit frère se recroquevillait dans le coin de la pièce. On pouvait lire la terreur sur son visage humide et ridé tandis qu’il s’agitait dans son lit, prisonnier du passé. Avant son réveil, il expérimenterait une nouvelle fois la scène la plus solidement ancrée dans son esprit : celle où son grand frère vocifère haine et chagrin au meurtrier.
– Pourquoi vous avez fait ça ?!
– Nous suivons la volonté de Sol.
L’assassin brandit alors sa lame à la teinte grenat dans le but d’achever son office.
– Non ! s’égosilla brutalement l’adolescent.
– Si ! Lève-toi feignasse ! Il est déjà dix plombes du mat’ !
Haletant, le jeune homme découvrit le visage railleur de son compagnon de chambrée.
– Diggs… il soupira.
Ce dernier se tenait à quatre pattes au-dessus de lui, les cheveux longs ébouriffés et dans une tenue se résumant à un caleçon.
– Le seul, l’unique. Une confession à me faire ?
L’adolescent considéra l’allure débraillée de son colocataire avant de lui répondre :
– Ouais, heureux de pouvoir compter sur toi quand il s’agit de se réveiller tôt.
– Doucement l’ingrat ! C’est déjà pas mal que je te tire du lit ! rétorqua Diggs avant de regagner le sol d’un saut agile.
L’adolescent encore somnolent opta plutôt pour les échelons qui séparaient la couchette supérieur de celle du bas. En traversant la chambre, il frappa amicalement du poing l’épaule de son camarade qui se débarbouillait le visage au lavabo.
– Je te laisse prendre la salle de bain Ice. Grouille, ton exam’ débute dans moins d’une heure.
Ice acquiesça en même temps qu’il amassait ses vêtements dans l’armoire adjacente à l’évier. La douche se situait derrière les lits, séparée par un mur. En effet, chaque chambre de l’EFDG avait le luxe d’être équipée de sanitaire, au grand bonheur des étudiants. Comme le temps n’était pas son allié, Ice ne tarda pas sous le confort de l’hydrothérapie matinale. Il fit le choix judicieux d’une douche froide pour se mettre d’aplomb. Sa toilette terminée l’élève enfila aussitôt un jean sombre, une chemise bleue à manches courtes par-dessous un veston noir, et des mitaines de la même couleur.  Il s’installa ensuite devant le miroir pour y coiffer ses cheveux encore humides. Il arrangea de larges épis vers l’arrière de son crâne et jusqu’en bas de sa nuque, puis fit descendre deux mèches pointues à hauteur de ses joues. 
Ice était un garçon de quinze ans, plutôt musclé pour son âge comme la plupart de ses camarades de l’EFDG. La couleur de ses cheveux rappelait la neige des plus hauts sommets, sur lesquels le soleil jetait des reflets lavande. Diggs en revanche arborait une chevelure bien plus vive, d’un rouge bordeaux, qu’il nouait la plupart du temps en une queue basse comme ce fut le cas ce jour-là. Quand bien même fut-il habillé d’un pantacourt et d’une chemise cramoisie très seyante, l’hurluberlu dégageait le même air négligeant qu’au réveil. Il le devait à sa dégaine nonchalante ainsi qu’à son regard constamment à moitié dissimulé derrière une épaisse mèche de cheveux. 
– Prêt, beau gosse ?
Ice referma la porte de la salle de bain, ignorant le compliment.
– T’reste un bon trois-quart-d’ heures avant ton rendez-vous avec le dirlo, reprit Diggs, on se tape la cloche à la cafèt’ ?
Ice hésita, il n’avait ni faim ni confiance en Diggs lorsqu’il s’agissait d’être ponctuel. Mais en vue de la journée qui s’annonçait, le jeune homme jugea bon de faire le plein de calories. Il acquiesça. Avant de partir il se dirigea vers le bureau, où il avait passé de très nombreuses heures à compléter ses devoirs scolaires. Une zone dans laquelle Diggs s’aventurait bien trop rarement à son goût. Mais l’heure n’était plus à l’étude, Ice s’était approché du meuble dans l’unique but de récupérer l’objet qui y était adossé, à savoir son épée. L’arme était rangée dans son fourreau sobre mais solide, lequel dissimulait une lame jamais émoussée malgré cinq rudes années à croiser l’air, le fer et parfois la chair de ses rivaux ; un tranchant intact, preuve du savoir-faire de son forgeron et du soin apporté par son manieur. Sa garde tressée d’un joli ruban de soie bleu n’en était pas moins impeccable, trônant toujours et fièrement derrière l’épaule gauche du jeune homme.
– T’es au courant qu’en plus des tartines et de la confiture, ils servent aussi des couverts ? ajouta Diggs en regardant son ami s’équiper.
– Tu sais aussi bien que moi que c’est la dernière fois que je quitte cette chambre.
– Sois pas si solennel ! On croirait entendre un condamné.
– Eh bien…  fit Ice l’air pensif pendant qu’il rejoignait Diggs devant la porte, la mort reste un risque potentiel. Là non plus, je ne t’apprends rien. Enfin… ce n’est pas comme si j’avais l’intention de mourir.
– Tu m’étonnes ! Si j’étais la faucheuse, je m’y risquerai pas… ajouta Diggs avec une grimace.
– En même temps, tu te risques déjà pas à faire tes draps…
– Dixit le mec qui sait pas se lever tout seul.
    L’épéiste conclut par un « Ok, un partout. » amusé avant de saisir la poignée. En quittant la chambre, les deux garçons aperçurent un petit bout de papier s’échapper de l’entrebâillement. Ice le ramassa sur le seuil.
– Sûrement l’une de tes admiratrices.
– Elles sont fatigantes… soupira le tombeur.
Il déplia la note pour n’y lire que deux mots pour le moins inattendus : « Rappelle-toi » rédigés à l’encre bleue et d’une main très élégante. Aucune signature. De quoi devait-il se rappeler ? Il l’ignorait puisqu’il l’avait oublié.
– Ça dit quoi ? demanda Diggs.
– Que t’es trop curieux.
Ice prit la précaution d’enfouir la note au fond d’une des poches de son jean pour l’éventuel jour de sa rencontre avec l’auteur. Diggs de son côté n’insista pas et s’engagea dans le couloir. Les deux garçons se trouvaient dans le dortoir des hommes, dans l’aile est de l’établissement. L’usage voulait que la mixité en milieu scolaire soit une norme, cependant les règles de pudeur obligeaient les dortoirs des femmes à être localisés dans l’aile opposée de l’école. Ice ne faisait pas partie des adolescents trop facilement victimes de leurs pulsions juvéniles, ainsi il n’avait encore jamais vu la couleur de ces murs. À l’inverse on y avait déjà surpris son colocataire, avec pour seule défense le prétexte de s’être perdu.
Ice et Diggs empruntèrent l’un des ascenseurs au bout du couloir. Ceux-ci consistaient en de simples plateformes circulaires à l’extérieur du bâtiment, qui transitaient entre les étages depuis de larges tubes translucides. Cet alliage vitré était très apprécié des élèves. Ice n’en faisait pas exception, jamais las de contempler l’étendue infinie de la Plaine du Silen qui encerclait l’école.
– Au fait, fit Diggs adossé contre la paroi invisible de la cabine, tu as bien refilé toutes tes affaires à la consigne ?
Ice décolla ses yeux de la mer émeraude et lui adressa un regard railleur.
– Tu joues les nounous ? C’est le monde à l’envers. Ouais c’est fait, j’avais pas grand-chose à leur donner t’façons. À part mes fringues… même nos cours, ça fait cinq ans qu’on les prend sur la plateforme numérique de l’EFDG. Ils ont bien précisé qu’ils transféraient tout sur notre compte de l’ADG. J’imagine que là-bas aussi, les salles de classes sont munies d’ordis.
– Encore faut-il réussir à l’intégrer, l’ADG… envoya Diggs d’une voix pensive.
L’épéiste resta silencieux, absorbé lui aussi par ses réflexions. L’Athénée des Défenseurs de Gaïa… à la fois si proche et si loin… le seul obstacle qu’il lui restait à franchir était cet examen.
L’ascenseur ralentit et le désert herbeux disparut derrière les murs du hall principal, encore visible malgré tout entre les colonnes recourbées du préau. Ice pressa le pas, refusant de s’attarder à discuter avec les nombreux élèves qui fainéantaient par-ci par-là. Les deux garçons quittèrent le hall par un large couloir en plein air, du moins seulement en apparence, puisque les murs et le plafond demeuraient invisibles mais tangibles à l’instar des cabines d’ascenseur. Les jours de pluie, il n’était pas rare de voir les élèves de première année s’ameuter le long du champ de force, tentant tous guillerets d’attraper les gouttes d’eau qui ruisselaient dans le vide. Ice préférait les sentir lui chatouiller le visage, les soirs où il violait le couvre-feu pour s’entraîner au milieu des herbes du Silen.  
– On a le temps de se poser, annonça Diggs en désignant une table dès leur entrée dans la cafétéria.
Ice acquiesça, il n’y avait en effet pas foule au comptoir. Les deux garçons tendirent chacun leur tour un badge au serveur une fois leur commande effectuée, puis repartirent déposer leur plateau au coin d’une fenêtre. Ice entama son petit pain d’un air absent, les yeux tournés vers l’extérieur. 
– Il t’arrive quoi ? T’as l’air encore moins causant que d’habitude, lui lança Diggs en remplissant maladroitement son bol de céréales. C’est dire !
– Va savoir, c’est pas comme si j’allais bientôt passer l’examen le plus important de ma carrière de Défenseur de Gaïa… lui renvoya Ice, accoudé d’un air désinvolte.
– Ta carrière de DG elle est déjà assurée. Mec, j’vois pas pourquoi tu doutes, t’as un CV en béton armé ! Tu cumules les moyennes maximales dans pas mal de matières, et t’es un dieu de l’escrime. Suffit de voir ta dernière évaluation : les élèves sont censés tenir pendant un temps limité, pas battre le prof en cinq minutes !
– Y a une différence entre savoir désarmer quelqu’un dans un duel réglementé et partir sillonner le monde pendant plusieurs mois, rétorqua le prodige. Sincèrement, ce sont ni les monstres ni les combats qui me font peur, mais tout le reste. C’est pas un voyage que je peux me permettre de prendre à la légère.

dimanche 20 décembre 2015

Sans étoffe.

Hier, j’ai égaré un objet auquel je tenais énormément. Mon bandeau, un simple morceau d’étoffe, qui s’avérait pourtant être mon bien le plus précieux. Cela peut paraître ridicule j’y consens, mais cette perte m’affecte au point de me plonger dans une profonde déprime. Mes proches n’y voyaient sûrement qu’un banal bout de tissu rituellement noué autour de mon front, mais en ce qui me concerne, il s’agissait d’un souvenir, d’un fétiche, d’un symbole.

Pour mieux vous expliquer sa valeur, il me faut remonter bien avant son acquisition, à mes premières années de collège.

Ike est le héros de Fire Emblem Path of Radiance, un jeu que j'ai énormément apprécié, à l'image de son protagoniste. Il a eu une certaine influence sur mon récit, mais je ne peux malheureusement rien ajouter ou risque de dévoiler des éléments de l'intrigue.
C'est sous son influence que je serai poussé à porter le bandeau. A savoir que Tokyo Underground est un manga où les personnages se battent en manipulant les éléments naturels. Même si c'est plutôt la saga Golden Sun qui m'inspirera énormément à développer cet aspect, Tokyo Underground ne fut pas sans m'influencer lui aussiÀ cette époque, je découvrais pour la première fois l’un des éléments de la culture ludique japonaise, aujourd’hui connu de tous : à savoir le manga. Plus précisément, j’achetais mon tout premier manga papier : Tokyo Underground. Dedans, le protagoniste, Lumina Asagi, avait pour signe distinctif une très longue bande de tissu toujours attachée autour de son front, et grâce auquel on le reconnaissait rapidement. Du haut de mes dix ou onze ans, ce bandeau s’élevait comme l’accessoire ultime, à la fois incroyablement classe et symbolique. Je me mis alors à rêver que, moi aussi un jour, on puisse lier ma réputation et mon talent derrière un tel accessoire. Ce sentiment s’est davantage affermi avec la rencontre de Ike, le héros de Fire Emblem Path of Radiance, porteur du bandeau et l’un de mes personnages de jeu vidéo favoris.




Elle date de ma première année de lycée, une époque où mon personnage présentait un tout autre patronyme. Elle a été réalisé via un site web nommé Gaïa Online et son éditeur de personnage Tektek avatar. A l'époque, les objets de personnalisation étaient limités, ce bandeau était le seul disponible, ce qui influencera donc mon choix de couleur pour celui qu'Ice portera dans ma saga.   Comme vous pouvez le voir, la coiffure est plus ou moins similaire à celle des artwork présents sur ma page, en revanche Ice a les cheveux blancs, mais autrefois je le concevais avec les cheveux bleus.Évidemment et indubitablement, ce fétichisme influençait mon œuvre naissante, celle faisant aujourd’hui le sujet de ce blog. Ainsi, Ice Enadijd, le protagoniste de mon univers, se vit très vite habillé d’un classieux bandeau bleu et blanc, qu’il obtiendra au cours de son aventure (l’équivalent à l’époque du futur tome deux, en ce qui nous concerne). Jusque-là, tout ceci avait trait à mon imaginaire.
Quand le dimanche 7 juillet 2013, je foulais pour la première fois le sol japonais, réalisant alors l’un de mes plus grands rêves. Une épopée de deux mois qui restera gravée dans mon esprit, et dans celui de mes deux amis, Aurélien et David, avec qui j’ai eu le plaisir de partager cette somptueuse aventure. Ce jour-là, la petite amie de David (et aujourd’hui son épouse) : Maki, nous accueillit à l’aéroport de Narita afin de nous guider jusqu’au cœur de Tokyo, là où nous avions rendez-vous. Dans la navette, Maki nous offrit à chacun un cadeau, contenant une serviette traditionnelle japonaise : un tenugui, et un éventail, histoire de nous préparer au climat étouffant en cette période de l’année. Je ne retins de cette offre que l’intention, puisque je laisserai traîner ingratement ce cadeau dans le coin de ma chambre chez ma famille d’accueil. Pendant ce temps, les jours durant, je sillonnais les magasins de mode en compagnie d’Aurélien à la recherche de ces fameux bandeaux que je n’avais cessé de voir à travers mangas et jeu vidéo… en vain. C’est alors que, en m’affairant dans ma chambre, je croisai du regard la fameuse serviette que j’avais enroulé sur le bord de mon bureau. Bleu, aux motifs blancs, et dont la longueur correspondait parfaitement à celle d’un bandeau. Sans perdre un instant, je partis dans la salle de bain pour l’essayer. Je fixai le miroir, l’étoffe autour du front, le sourire à la fois fier et béat. A ce moment précis, Masami ma mère d’accueil s’arrêta devant la porte ouverte de la salle de bain, et me dit : « 似合いますね! » (Niaimasu ne / ça te va bien). Je ne peux pas m'empêcher de revivre cette scène dans ma tête comme un lieu commun de film ou de dessin animé, là où le héros commence à saffirmer en tant que tel ; cest à la fois stéréotypé, ridicule, amusant et incroyablement grisant.
Masami m’apprit que ce que je venais de faire était un « hachimaki », un terme qui désigne aussi bien le bandeau en lui-même que le verbe signifiant ceinturer ou enrouler. Une coïncidence une nouvelle fois amusante, quand je savais que celle qui m’avait offert l’objet se nommait elle-même « Maki ». Ce que j’ignorais par contre, et ce qui rendait l’événement encore plus saisissant, c’est que les tenugui, ces serviettes traditionnelles japonaises, sont souvent utilisées à des fins esthétiques, les transformant entre autres, en bandeau frontal. Pour quelqu’un comme moi, ne croyant ni en dieu, ni au destin, or ni au hasard non plus, la vie prend parfois un sens particulièrement intéressant.

Moi même, présent au... c'est noté sur l'image.  Vous noterez le badge que je me suis confectionné (bien avant mes cartes de visite), histoire d'attiser la curiosité des gens que je croise. Une fois mordus à l'hameçon, je n'ai plus qu'à leur distribuer mes fameuses cartes. Oui, je suis un gars comme ça.

Deux ans et plusieurs mois passèrent, sans que je ne me présente le front découvert. Mais hier, lors de la célébration d’un repas de noël dans les locaux d’une association sportive de jeux vidéo, je me rendis compte que mon bien s’était détaché de mon chef. Ironie du sort, j’avais exceptionnellement attaché mon bandeau à ma queue de cheval, plutôt que de le serrer traditionnellement autour de ma tête. Il n’était plus là. L’avais-je égaré sur la route en faisant les courses ? Je me souviens encore pourtant bien m’être assuré toujours l’avoir sur moi, lors du retour au local. Me l’a-t-on volé ? Est-il tombé précisément peu de temps après ma dernière inspection ? Aucune trace, aucune… Même après avoir écumé les rues sombres de Lille aux alentours de minuit ; même après avoir demandé à tous les passants, couples âgés, jeunes gens pressés, et même à une prostituée, si aucun morceau d’étoffe n’avait jonché le trottoir durant leur virée nocturne.

Voilà la raison pour laquelle aujourd’hui, je vous écris, le moral au fond de mes chaussons.

Pour bien résumer : j’ai le seum, j’ai paumé mon doudou.

vendredi 4 septembre 2015

Tout est bon pour se faire connaître !

Rien d'étonnant là dedans, mais il m'arrive très souvent de parler de mon projet à des personnes que je ne connais pas, ou lors de longues retrouvailles. Un simple "Tu fais quoi / quelles études dans ta vie ?" suffit à mettre la machine en route. Or si j'arrive parfois à captiver mon auditoire, il ne serait pas pessimiste de penser que la plupart m'oublie, moi et mon projet, une fois de retour chez eux.

Suite aux conseils avisés de Gary Vanaka Vazeille (l'un de mes illustrateurs), j'ai décidé de me confectionner un petit paquet de cartes de visite. Il m'avait parlé d'un site : Vistaprint, et d'une réduction avantageuse de 50% pour le premier achat. Je n'ai donc pas lésiné sur les moyens ; je me suis commandé un demi millier de cartes, en cochant toutes les options (image au verso, vernissage brillant, papier mat). Le tout m'est revenu à 66€ TTC (environ 20€ de TVA et de frais de port). Je ne roule pas sur l'or ( on est plus proche de la boue en fait ), mais quand il s'agit de promouvoir mon projet sur lequel je table mon avenir, je ne recule devant rien.

Je pourrai désormais disséminer un peu de publicité dans les poches de mes interlocuteurs grâce à ces petits bijoux, et aussi espérer en déposer devant les caisses de quelques magasins de Lille une fois que mon e-book sera publié. Je doute que la fnac et le furet du nord acceptent, mais je peux toujours m'arranger avec quelques petites boutiques littéraires et de manga. Qu'en penses-tu ?

Mes efforts paieront... en attendant c'est mon portefeuille qui s'en charge.